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Wuhan, métropole en mutation accélérée

14 Janvier 2014, 00:54am

Publié par citybrainproject.over-blog.com

Wuhan, un développement urbain contrasté

Dans l’ensemble, Wuhan concentre de nombreux contrastes et révèle un développement urbain fortement inégal. Ces déséquilibres sont visibles par le niveau très variable de propreté et d'entretien de la voirie. Ils apparaissent dans la nature même du bâti, particulièrement dégradée sur l’ensemble de la ville, excepté dans certains secteurs situés à proximité de l'hypercentre et souvent composés d’immeubles résidentiels ou de tours abritant bureaux, hôtels de luxe et centres commerciaux.

Les effets « vitrines » ne manquent pas ; La longue promenade aménagée le long du fleuve Yang Tse dans le quartier de Hankou, illustre la volonté de créer un espace public emblématique et démontre un savoir-faire dans la maîtrise paysagère et architecturale des berges du Yang Tse. Les parcs urbains, présents dans d’autres quartiers de la ville, sont relativement bien entretenus et ont vocation à refléter la qualité de l'offre urbaine proposée par la municipalité. Ces parcs servent souvent d'espaces d'expérimentation pour des éco-technologies, avec, à certains endroits, l’installation de lampadaires équipés de panneaux photovoltaïques et couplés de petites hélices éoliennes.

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Un système de vélos en libre service est également présent et couvre de nombreuses zones de la ville. Ce type d’expérimentation est unique en Chine et témoigne d’une certaine volonté des autorités locales de mettre en avant des efforts consentis en matière de politique environnementale. Comme on l’a vu précédemment, il existe bien un réseau réservé aux deux roues, principalement aux cyclomoteurs, et couvrant les principaux axes routiers de Wuhan.

Wuhan connait une mutation exceptionnelle de sa structure urbaine. En vue d’améliorer globalement l'environnement urbain, d’accélérer le développement et d’accroître le rayonnement de sa ville, Le maire, Tang Lianghzi, a entrepris dans le cadre du prochain programme municipal de démultiplier les chantiers de construction. Toutefois, ce dynamisme de l’activité de construction donne à voir une image chaotique ; Les grues et chantiers sont omniprésents, disséminés dans toute la ville, mais également les immenses projets immobiliers et zones économiques spécialisées qui fleurissent au sein de territoires excentrés et à vocation agricole. Le développement urbain est caractérisé par une tendance conjointe à l'étalement et à l'hyperdensification, avec son corollaire, l’élévation du bâti et l'accroissement des distances.

 

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Un immense projet immobilier résidentiel du Nord Est de Wuhan.Video prise à bord d'un taxi sur l'autoroute en direction du quartier français

La qualité des infrastructures, selon leur type ou leur localisation est inégale sur l’ensemble de la ville. On peut tomber fréquemment sur de la voirie détériorée, des chaussées dégradées, ou des quartiers d’habitat particulièrement insalubres. Elle reste marquée par la présence de flux et de traits caractéristiques de pays en voix de développement : congestion, pollution de l’air, bruit, trafic plus ou moins anarchique etc. les véhicules à deux roues, notamment les cyclomoteurs sont particulièrement présents et intensifient la densité du trafic routier.

Autre élément déjà noté lors de l’étude précédente consacrée à Dalian (voir l'article), l’effet de « masse », du « nombre ». Il n’y a presque jamais à Wuhan d’espaces urbains laissés vacants par les habitants. Le tissu urbain est toujours très dense, concentrant une diversité d’activités, avec parfois des constructions sauvages frôlant l’apparence de bidonvilles. Echoppes, boutiques, fourbis, et autres commerces de proximité, alignés comme des « filets de sardines », caractérisent le paysage urbain local et entretiennent une atmosphère bien particulière. Les flux sont incessants, les interactions entre passants, habitants, commerçants et le reste du tissu urbain, permanentes du lever au coucher du soleil. Les bus sont souvent bondés et les rues encombrées. L’espace urbain donne l'impression de se trouver à la limite de la saturation.

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Réinterroger les notions de bien-être et de vivre-ensemble 

A l’instar de Dalian, une vitalité et une énergie urbaine se dégagent de cet « effet du nombre » et de cette extraordinaire hyperactivité. Ce phénomène manifeste semble-t-il l'attrait des citadins pour un mode vie hypersocial et une propension à l'appropriation de l’espace urbain, peut-être le signe d'une prédisposition naturelle au vivre-ensemble ?

La ville n’apparaît pas seulement comme un lieu de résidence et de travail, elle devient aussi un lieu d’épanouissement et d’intégration sociale pour l’individu à travers la pratique et l’expérience collectives de la ville. Cette impression d’harmonie apparente est également marquée par l’absence du sentiment d’insécurité,  la  faible présence, ou du moins peu visible d’incivilités, ou situations conflictuelles violentes entre habitants. En revanche, on est légitimement tenté de se demander comment cette réalité urbaine et cette harmonie apparente sont vécues par les habitants eux même, notamment lorsqu’il est question de bien-être et de qualité de vie. La question de la durabilité de ce mode de vie urbain, à terme, reste entière.

Il n’est pas surprenant que Wuhan n’ait pas, globalement, la réputation d’une ville où il fait bon vivre en Chine. Sa notoriété nationale repose en particulier sur le dynamisme de son économie industrielle, en particulier son industrie automobile, et dans une moindre mesure sur ses universités. La France a fait de Wuhan une véritable tête pont pour investir massivement en Chine, comme l'illustrent ces géants de l’automobile, PSA Peugeot Citroën, Renault SA, qui y ont implanté leurs plus grands site de production, tirant partie des faibles coûts de la main d'oeuvre et de l'immobilier. C'est également le cas sur le plan universitaire avec le développement de nombreux échanges académiques avec des institutions françaises.Symbole de cette influence française, il existe même un quartier conçu pour reproduire un style urbain "à la française", situé à une trentaine de minutes en voiture du centre ville.

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Photo prise au coeur du quartier français, enclave urbaine habitée par le classes supérieures, située à une trentaine de kilomètre de l'hypercentre

Wuhan possède les caractéristiques d’une ville dont le développement est axé en priorité sur des fonctions économiques industrielles et commerciales. La prise en considération du cadre de vie, de la vitalité culturelle ou de l’activité touristique, apparaît nettement plus secondaire. Wuhan n’a évidemment pas la stature d’une métropole internationale et bien qu’une partie relativement jeune de la population maîtrise l’anglais dans une certaine mesure, la présence d’étrangers est relativement faible excepté dans la zone universitaire ou à proximité des consulats. Les grandes enseignes multinationales comme Mc Donald, Wall Mart, Starbucks, Pizza Hut, ont bien leur place, comme à Dalian, notamment dans les vastes malls urbains qui occupent souvent plus d'une dizaine d'étages , abritant commerces de grande distribution, chaines de restauration rapides, marques de luxe et prêt-à-porter etc. Le succès de leur implantation s’explique par l’essor inexorable d’une demande poussée par l'appétit de consommation et l'élévation des niveaux vie de la population locale.

Prise de recul depuis la tour de la Grue Jaune

La tour de la Grue Jaune constitue l’un des principaux sites touristiques et historiques de Wuhan. Situé dans le district de Wuchang, le site s’étend sur un ensemble de collines  surplombant la ville, à proximité des rives du Yang-Tse. Le site apparaît comme une véritable enclave préservée de l’urbanisation excessive des alentours. De nombreux touristes viennent y apprécier l’architecture des pagodes, les jardins traditionnels et les œuvres d’art rappelant la prospérité culturelle des anciennes dynasties. Mais ce que l’on vient surtout rechercher sur le site, c’est la vue panoramique unique qu’offre la tour de la Grue Jaune (Yellow Crane Tower), importante pagode détruite par le passé puis reconstruite dans les années 1980 par le gouvernement local. L’édifice ne constitue pas seulement le monument emblématique du site, il représente l'un des principaux repères identitaires à l’échelle de toute la ville.

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Bien que sa reconstruction récente remette en cause le caractère patrimonial du site ainsi que sa valeur historique, the Yellow Crane Tower reste un lieu symbolique apprécié par les habitants. En montant au dernier étage de la tour, on découvre une vue panoramique à 360° de toute la ville. Bien qu’elle ne permette pas tout à fait de discerner les contours de la ville, bien trop étendue, cette prise de hauteur permet toutefois de mieux appréhender la physionomie globale de Wuhan. Inévitablement le caractère anarchique du développement urbain, se révèle, à la vue des nombreuses ruptures paysagères. Par delà les épais nuages de brume et de pollution, on peut percevoir une véritable forêt de tours, et de grues se profiler à l’horizon, disséminées de manière disparate sans véritable cohérence. La seule partie du paysage qui présente une vue d’ensemble discernable est la zone de Hankou, de l’autre côté du Yang-Tze, avec sa skyline emblématique qui structure la ligne d’horizon.

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Mais inévitablement, à l’instar de Dalian, "l’enveloppe" visuelle de Wuhan n’est jamais figée, sinon en mouvement perpétuel, au rythme des destructions et reconstructions de nouveaux édifices toujours plus hauts. Face à ce constat, on est tenter quelques secondes de s'imaginer l’apparence de cette cité une décennie plutôt, puis de se projeter trente années plus tard pour percevoir l'ampleur de la mutation.

La transformation urbaine d’une ville comme Wuhan est simultanément un phénomène perceptible et paradoxalement indiscernable, comme insubordonné aux fluctuations du temps. Le processus accéléré et généralisé de la transformation qui opère à grande échelle, explique cette difficulté à se figurer une identité visuelle pour la ville. Bien que certains éléments se maintiennent comme repères spatio-temporels, tels que la tour Télévisée ou la Yellow Crane Tower, la physionomie de Wuhan ne cesse de se métamorphoser. Elle projette l’image d’une métropole ambitieuse, engagée dans une course effrénée à la modernité, pleine d’impatience mais aussi d’imprudence face aux défis que lui réserve l’avenir. Elle reflète une conception de la ville, empreinte d’un désir d'avancer toujours plus vite, de construire plus grand et plus haut, sur des espaces toujours plus vastes. Les prochaines décennies donneront peut-être à Wuhan l'opportunité de mieux maîtriser son élan, d'affirmer son statut de grande métropole, et de révéler enfin sa singularité et sa grandeur, par delà les frontières, au reste du monde.

- Lien article sur le développement d'un nouveau hub culturel et créatif au centre ville de Wuhan

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