Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Ville Start-up, ville durable ?

8 Août 2014, 10:22am

Publié par citybrainproject.over-blog.com

Quel visage urbain pour Tel Aviv ?

En matière d’urbanisme et de développement durable, Tel Aviv présente une situation en demi-teinte. Les transports en commun ont mauvaise réputation. Les alternatives à la voiture se limitent principalement au bus et au vélo. Ce dernier est en revanche de plus en plus prisé par les habitants, notamment grâce aux efforts de la municipalité qui a développé un réseau cyclable relativement performant, comprenant plus de 120 km de piste, et couvrant une surface importante de la ville centre.

velo-piste.jpg

Piste cyclable le long du Boulevard Sderot ben Tsyion, en direction du front de mer  

Symbole particulièrement visible de cette politique, les vélos verts en libre service, appartenant au système Tel-o-Fun crée en 2011, et comptant plus de 150 stations et 1500 vélos. Malgrè ces efforts, la voiture et son corollaire, les grandes artères et nombreux espaces de stationnement continuent de structurer le coeur de ville.Le plan d’urbanisme originel, conçu par l’urbaniste britannique sire Patrick Geddes (1925-11927), avait rigourement délimité de larges axes de déplacement en vue de priviliégier et de faciliter les flux automobiles. Des mesures ont toutefois été prises ces dernières années, par les autorités, pour améliorer la qualité de l'air et réduire les émissions de C02. Sur le plan de la maîtrise de ses consommations énergétiques, la ville reste en-dessous de son potentiel, malgrè la volonté de la municipalité d'intégrer dans les nouvelles constructions les technologies renouvelables.

IMG_0226.JPG

En déambulant aux abords du front du mer, on peut tomber d'un bloc à l'autre sur des édifices à l'abandon ou particulièrement détériorés. La qualité très inégale de l’environnement bâti au centre ville rappelle une caractéristique que partagent nombre de villes de pays en voix de développement n'ayant pas toujours su maîtriser leur développement urbain.

La ville poursuit sa forte dynamique de transformation. D’importants projets de construction résidentiels sont en cours à proximité du deuxième aéroport de l’agglomération, Dov Hoz, situé à Ramat Aviv, le long de la côte, au Nord de Tel Aviv.

2013-12-30-13.38.08.jpg

Chantier de construction dans le quartier Nofei Yam, situé aux abords de l'aéroports Dov Hoz, Nord de Tel Aviv.

L’aéroport, destiné principalement aux vols intérieurs, devrait définitivement déménager ses activités vers l'aéroport international Ben Gourion, et libérer en bord de mer un vaste espace d’opportunité pour de nouveaux projets, la plus importante surface encore constructible à Tel Aviv. Le site, dont la valeur foncière est estimée à 5.3 milliard d'euros, verra dans les dix prochaines années, le développement d'une douzaine de milliers d'appartements haut-de-gamme, un complexe hôtelier, des espaces commerciaux, des écoles et bâtiments publics.

IMG_0123.JPG

A proximité de la zone, en cours de valorisation, se situe également le plus grand parc public de Tel Aviv, le Yarkon Park, véritable "poumon vert" urbain qui attire près de 16 million de visiteurs chaque année. Le parc s'étend en direction de la mer le long du fleuve Yarkon, décontaminé au début des années 2000, formant un corridor délimitant la zone industrielle et aéroportuaire en voix de reconversion. Tel Aviv possède de nombreux espaces verts et jardins publics. La présence visible de palmiers bordant les voiries, ajoute à l’image orientale et méditerranéenne de la ville. Avec plus de 20% de sa superficie occupée par des espaces verts, la municipalité revendique son ambition de faire de Tel Aviv une "green city", tout en faisant écho à son attribut originel de "garden-city" (concept de ville-jardin).

Autre action forte prise dans cette direction, le "Hirya Project" ; Il s'agit de la transformation au cours des dix dernières années, d'une immense décharge en plein air, au Sud-Est de Tel Aviv, en un vaste espace comprenant non seulement des équipements et technologies de pointes dédiées au tri et recylage, mais également un parc public emblématique, situé sur l'ancienne colline de déchets, l'Ariel Sharon Park (8.1km2) et la construction future sur le site d'un amphithéâtre de 50 000 places.

2013-12-30-14.17.31.jpg

D'anciens hangars reconvertis en lieux d'agrément, dans le cdre du projet de reconversion de l'ancien port de Tel Aviv

Revenons plus au Nord, le long du front de mer où une importante opération de réhabilitation d’anciens docks par l’architecture et le design, a permis de faire émerger une nouvelle zone emblématique et vitrine pour la ville, auprès de ses résidents et visiteurs. Elle est matérialisée par la création de nouveaux espaces de promenade et d'agrément, concentrant une multitude de commerces, cafés, bars et restaurants particulièrement fréquentés. La première opération d'ampleur débutée en 2008, reconnue comme un succès international, a débouché sur la reconversion de l'ensemble des friches industrialo-portuaires du front de mer.

2013-12-30-14.15.38.jpg

Les quais éaménagés conjuguent art, design et fonctionalité, offrant un nouvel espace public très prisé par les habitants.

Cet espace qui témoigne d'un traitement urbain soigné, contraste avec les développements immobiliers plus classiques des années 70 et 80, véritables blocs d'hôtels de luxe, aux formes paralellipédiques, érigés le long de la célèbre Shlomo Lahat promenade (Tayelet). Il existe, en effet, à Tel Aviv une véritable frénésie des activités de construction, notamment sur le front de mer, qui a vu s’édifier lors de la dernière décennie de nombreuses tours de logement haut de gamme, hôtels et bureaux.

2013-12-30-14.36.44.jpg

Photo prise sur la célèbre Tayelet (Shlomo Lahat promenade) de Tel Aviv qui a connu de nombreux réaménagements ces dernières années pour améiorer l'accès au plage.A l'arrière plan, on peut voir également s'aligner les grands hôtels de luxe construits pendant les années 1980.

Mais également par delà les frontières municipales, dans les villes périphériques où les règles de construction sont moins contraignantes, les tours se sont démultipliées. Certaines d’entre elles, concentrées le long de l’axe autoroutier principal Ayalon, sont devenues de nouveaux lieux de marque, comme le Centre Azrieli, un ensemble de trois gratte-ciels circulaires, construit à la fin des années 1990 ou encore la City Gate Ramate Gan haute de 244m, située au Nord-Est de Ramat Gan, plus haut gratte ciel d’Israël. En 2016, la Tour Elite (290m) devrait voir le jour et devenir ainsi le plus haut immeuble du Moyen Orient. Cette tendance reflète le dynamisme économique de Tel Aviv mais aussi les contraintes liées au manque d’espaces constructibles disponibles. En réaction à ce phénomène, des critiques se sont élevées au sein de la population, inquiète d’être témoin de la défiguration totale du cœur de ville.

2014-01-02 13.31.11

Vue du fort historique de Jaffa au Sud, la physionomie urbaine de Tel Aviv fait apparaître une skyline visuellement identifiable, mais qui manque d’une cohérence d’ensemble, en raison notamment de la profusion diffuse de gratte-ciels.

La métropole

Les enjeux associés au développement métropolitain sont réels. La municipalité Tel Aviv-Jaffa ne compte que 400 000 habitants. Pourtant, elle est située au cœur d’un même ensemble urbain et fonctionnel, un espace métropolitain qui s’étend sur 1500 km2, appelé Gush Dan, où résident plus de 3 500 000 habitants, mais caractérisé par des divisions administratives nombreuses, à l’origine de relations complexes entre la ville-centre et ses municipalités satellites, Ramat Gan, Petah Tikva, Richon Lezion, Netania etc. Cette situation fait obstacle à la poursuite d'un développement plus durable à l'échelle métropolitaine, mais surtout au rayonnement d’un Grand Tel Aviv, capable de rivaliser avec d’autres métropoles mondiales.

Cosmopolitanisme

Tel Aviv s’est développée avec l’arrivée de vagues successives d’immigrants au cours de son histoire, ce qui explique son caractère naturellement cosmopolite et multiculturel. Cette immigration est principalement celle des nombreux juifs de diaspora, originaires d’Afrique, d’Amérique, d’Europe et d’Asie fuyant les persécutions dont ils furent victimes, ou animés d’un désir de construire une société nouvelle. La diversité des populations locales de Tel Aviv est un fait observable sur le plan géographique et culturel mais moins sur le plan confessionel, puisque la population locale est majoritatairement juive, bien qu’on trouve également une présence musulmane, localisée en particulier à Jaffa, et dans une moindre mesure chrétienne. Sur le plan touristique, l’origine des visiteurs s’est diversifiée cette dernière décennie, avec des touristes de toute confession, provenant du monde entier, séduits par la nouvelle image "branchée" associée à la ville. La présence de Jérusalem, ville "trois fois sainte", située à une quarantaine de minute en bus, mais également la richesse du patrimoine historico-religieux du pays, expliquent également cet afflux de visiteurs de toute confession.

2013-12-31-16.11.17.jpg

Photo de la Mosquée Hassan Beck, l'une des plus connues de Jaffa, située sur le front de mer dans le quartier Neve Tzedek. Construite en 1916 à l'architecture ottomane, elle constitue un lieux spirituel majeur pour la population musulmane de Tel Aviv-Jaffa.

La ville « start-up »

Certains traits saillants des villes, notamment sur le plan économique, ne sont pas toujours perceptibles par le visiteur, mais apparaissent en arrière plan, rendus familiers par l’information généralement véhiculée par les médias sur cette thématique. Tel Aviv a su progressivement se hisser dans le cercle restreint des « ville-monde ». Elle possède déjà le statut de « beta-city », qu’elle décline par des actions symboliques menées ces dernières années, en faveur notamment de la communauté LGBT, ou dans les secteurs de l’art, de la culture, du numérique. La municipalité a largement encouragé et investi dans le développement d’un environnement favorable aux Start-ups (la ville « start-up » article du Monde), à l’entrepreneuriat, et aux activités de services à forte valeur ajoutée. Signe de fort de cette orientation, le maire a lancé en 2010 la Global City initiative, un plan stratégique visant à conforter, et ce pour la décennie à venir, la place de Tel Aviv parmi les 20 villes les plus «globales» de la planète.

2013-12-31-11.47.40.jpg

Symbole de la "ville connectée", le centre de Tel Aviv compte de très nombreuses zones en libre accès Wi-Fi dans les espaces publics et lieux fréquentés

Ces caractéristiques de ville globale et « ville créative », chères à l’économiste géographe théoriciens des "classes créatives", Richard Florida, transparaissent dans l’environnement urbain, à travers ses places, galeries d’arts, ses théâtres et musées iconiques, ses nombreux hôtels, son tissu commercial très divers, alliant commerces de proximité et grandes enseignes.

2013-12-31-13.23.44.jpg

Le musée d'art contemporain de Tel Aviv,dont l'extension intègre une architecture iconique" (ici le bâtiment de l'extension, inauguré en 2011, réalisé par l'architecte preston Scott Cohen)

La « ville qui ne dort jamais », surnommée ainsi en raison de l’animation permanente de ses rues, sa remarquable densité de restaurants, ses terrasses de cafés et bars branchés, a su jusqu’à présent se rendre très attractive, auprès d’une population relativement jeune et culturellement diverse, sans pour autant donner l’impression de compromettre son authenticité. Ce dynamisme a gagné d'autres parties de la villes, en particulier Jaffa, qui au-delà de son statut de haut-lieu touristique conféré par son coeur historique, a vu se développer de nouveaux lieux informels de commerce, d'art, d'exposition et de concerts sur le front de mer. (L'enjeu associé à la "boboïsation", la valorisation immobilière et le ravivement de tensions communautaires à Jaffa, et l'existence de certaines disparités socio-économiques à l'échelle de toute la ville, ne sont pas abordés ici, mais méritent bien entendu une attention particulière.)

IMG_0295.JPG

Concert de musique rock balkanais sur les quais du port de Jaffa, devenu nouveau lieu "underground" pour la jeunesse de Tel Aviv. Jaffa connait ces dernières années une véritable transformation de son tissu urbain, attirant de nouvelles populations de jeunes créateurs, désigneurs et artistes.

Le surnom de la "bulle", qu'on lui accole spontanément, traduirait-il la recherche de compromis entre préservation d'une atmosphère "locale" israélienne et l'intégration du phénomène "global", tout en visant la ville sobre, durable et désirable? L'instabilité géopolitique et l'insécurité latente de son espace régionale auront-ils raison de l'image "fun", conciliante, paisible et insouciante auquelle la ville semble vouloire aspirer sans relâche depuis plus d'un siècle ?

 

 

Autres liens intéressants sur le développement urbain, l'image et l'identité de Tel Aviv :

http://www.lumieresdelaville.net/2014/03/18/tel-aviv-le-renouveau-dune-ville-monde-par-nathan-cahn/

http://danielleattelan.wordpress.com/2011/08/28/le-tel-avivien-ce-curieux-personnage/

 

http://www.noemiegrynberg.com/pages/dossiers/tel-aviv-une-ville-en-constante-evolution.html

{C} {C}

A. F.Arch (2014), Sustainable Urban Renewal: The Tel Aviv Dilemma

:http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/11/16/tel-aviv-la-ville-start-up_3514949_3234.html)

Tel-Aviv, miroir des tensions originelles de la société israélienne ou « bulle » rédemptrice ? Métaphores socio-historiques d’une ville-monde , par Sébastien Boussois

Commenter cet article