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Tel Aviv, immersion dans la "bulle"

8 Mai 2014, 11:41am

Publié par citybrainproject.over-blog.com

Premières impressions et premières interrogations

A mon arrivée à l’aéroport international Ben Gourion, situé à une quinzaine de kilomètres de Tel Aviv et où transitent chaque année plus de 14 millions de passagers, je découvre un aéroport moderne, dont l'architecture intérieure et extérieure, ainsi que la composition du site, sont de qualité ,en cohérence avec le positionnement qu’affiche Tel Aviv en matière d’architecture.

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Terminal de l'aéroport international Ben Gourion (photo, 2014)

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Photo prise à l'extérieur de l'aéroport. Un soin particulier a été accordé à la composition du site. 

Le jour de mon arrivée, compte tenu de la mise hors service du train de la Compagnie ferrioviaire d'Israel qui relie l'aéroport au centre ville, j'emprunte l'un des nombreux autobus de la compagnie nationale Egged, qui rejoignent en 15 minutes ,par le sud, la ville centre. Un premier autobus me dépose à la gare routière centrale, située à la limite du centre ville, puis un second en coeur de ville, sur la rue Frishman. A ce niveau se situe l'emblématique Place des Rois d'Israel, renommée Place Rabin en 1995, en hommage à l'ancien Premier Ministre israélien Yitzhak Rabin, assassiné à cet endroit par un extrémiste, lors d'un meeting pour la paix. Je découvre une large place publique sobre au milieu de laquelle a été érigée une sculture metalique en souvenir de l'homme qui fut prix nobel de la paix. Au-delà d'être un point d'étape pour de nombreux groupes de touristes, c'est un lieux symbolique marqueur de l'identité locale et nationale. Signe de cette importance, la place est située au pied de l'imposant édifice rectangulaire de la mairie de Tel Aviv, construit dans les années 1960 selon le style architectural brutaliste.

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Photo de la mairie de Tel Aviv (construite en 1966) , prise de la place Rabin.

Un terme m'est revenu souvent au cours de mes premiers jours d'exploration du centre ville de Tel Aviv, la qualité de vie. J’ai eu le sentiment d’en faire l’expérience en parcourant ses rues, ses avenues et ses boulevards. La mer, le climat doux en hiver, certes plus chaud en été, la densité et la qualité de ses aménités publiques, l’architecture, l’animation urbaine, la vitalité économique et culturelle, le sentiment de sécurité ; Tel Aviv fait bonne impression au premier abord.Elle corrobore l’image extérieure que l’on peut se faire d’une ville jeune, dynamique, et en apparence insouciante dans l’une des régions géopolitiquement les plus instables au monde. Les éléments de contradictions et de dissonances, bien que perceptibles sur le terrain, sont atténués par les atouts quelque peu séduisants qu’affiche la ville, surnommée à plus d’un titre « la Bulle » (En référence à cette appellation, le film d’Eytan Fox sorti en 2006, « the bubble », se déroule à Tel Aviv, et raconte une histoire d’amour entre deux jeunes hommes, l’un Israélien et l’autre Palestinien, avec pour contexte la tragédie et les horreurs du conflit entre Israël et la Palestine).

‘Sécurité’, ‘sacré ‘, ‘hospitalité’… ces enjeux qui dépassent la contextualité d’une ville

L’élément qui peut interpeller d’entrée le visiteur fraichement débarqué à Tel Aviv, la sécurité. On peut être surpris, en provenance d’un pays comme la France où les procédures de sécurité sont moins strictes, de voir un agent posté à l’entrée du terminal d'aéroport, interpeller des passagers afin de les soumettre à un court interrogatoire. Lors du vol retour, les procédures sont parfois plus longues, exigeant d’être à l’aéroport au moins trois heures avant l’embarquement. L'aéroport de international Ben Gourion, à plusieurs reprises la cible d'attentats, est considéré comme l'un des aéroports les plus sécurisés au monde.

La thématique de sécurité acquiert une consonance particulière ici, et plus largement à l’échelle du territoire national, où la menace terroriste est omniprésente dans l’espace public. Evidemment, chacun garde à l’esprit le climat tendu qui règne autour du conflit israélo-palestinien. L’histoire récente de Tel Aviv a été tristement marquée par des attentats à la bombe meurtriers, survenus dans des lieux très fréquentés, comme le centre commercial Dizengoff en 1996, la discothèque Dolphinarium en 2001, dont les ruines du bâtiment éventré, situés en bord de mer, sont encore visibles, une terrasse de café, des autobus, une gare routière ou encore au cœur du très populaire marché à ciel ouvert Shouk hakarmel. On croise fréquemment des vigils qui fouillent les sacs à l’entrée des zones les plus commerçantes de la ville et des bâtiments les plus visités, ou encore de jeunes hommes et femmes, l’arme au coude, portant l’uniforme de l’armée israélienne. Au-delà de répondre à un véritable besoin de sécurité des citoyens, et de maintenir un effet de dissuasion contre toute action terroriste, l’enjeu de cette politique sécuritaire relève également de la nécessité de préserver, localement et à l’international, l’image d’une ville sûre.

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Photo des ruines de la discothèque Dolphinarium après l'attentat de 2001. © borderlandlevant / http://borderlandlevant.com/2013/02/20/tel-avivs-jaffa-gate-or-small-scale-geo-politics/

 

La place du « sacré » dans l’environnement urbain attire également l’attention. L’affichage de son appartenance religieuse est à la fois discrète et particulièrement visible. Elle se manifeste par les signes religieux qu’arborent de nombreux habitants, comme le port de la kippa, ou pour les plus orthodoxes, les tenues vestimentaires sombres portées par les hommes (les harédims), ou les jupes et manches longues pour les femmes. Cette diversité de style manifeste aussi les divergences, voir parfois les tensions, qui parcourent la société israélienne sur le plan du ‘sacré’, des croyances et de l’observance des traditions. Elle participe également d’un certain folklore local, jouant sur l’excentricité du paraître, mais également sur l’affirmation d’un rapport d’appartenance identitaire au territoire. Sous cet angle, la dualité qu’entretiennent les deux principales villes d’Israël est bien perceptible ; d’un côté Tel Aviv, l’anti-conformiste et rebelle, de l’autre, Jérusalem, plus sérieuse, spirituelle et conservatrice.

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Extérieure de la synagogue Hechal Yehuda (rue Menahem Ben Sarruk, centre ville), dont la forme est inspirée des coquillage de l'île grecque Théssalonique. Bien que réputée pour son image "profane", Tel Aviv compte près de 500 synagogues.

Il est bien souvent délicat d’évaluer objectivement l’hospitalité d’une cité, le degré d’amabilité ou de sympathie d’une population locale à l’encontre du visiteur étranger, français en l'occurence. Toutefois, en accumulant et en croisant de manière systématique témoignages et expérience personnelle, chacun peut tirer ses propres observations qui pourront bien sûr toujours être contredites. Au premier abord, les telaviviens ne semblent pas forcément les habitants les plus avenants et accueillants, que se soient dans les points d’information de l’aéroport (pas de carte de la ville à disposition), les transports en communs, les restaurants, les bars ou commerces. Toutefois, cela ne préjuge en rien de la sympathie réelle de la population locale. Ce phénomène ne peut être imputé à la barrière de la langue puisque l’anglais est globalement bien maîtrisé par la population. Certains avancent le mode de sociabilité ou tempérament propre aux telaviviens, ou à l’israélien moyen diront d'autres, pouvant être perçu, notamment par le visiteur étranger ne maîtrisant pas la langue autochtone, comme une forme de désinvolture teintée de froideur. Le climat pesant qu’exerce l’état de belligérance permanent auquel est confronté le pays, et ce depuis plus d’un demi-siècle, y est peut-être pour quelque chose. D’autres évoquent même la mauvaise réputation dont fait l’objet l’importante population française résidente, tenue en partie responsable de la flambée des prix de l’immobilier dans l’hypercentre de Tel Aviv ces dernières années.

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