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3eme Jour. Malmö , un avant-goût de la ville du future ?

6 Octobre 2012, 14:38pm

Publié par citybrainproject.over-blog.com

 

Malmö , un avant-goût de la ville du future ?


La reconquête de la façade maritime de l'Oresund et l'arrivée de l'écoquartier BoO1. Exploration de la partie Nord-Ouest, de l'ancienne zone portuaire industrielle et de l'écoquartier Bo01

La journée d’aujourd’hui est consacrée à l’exploration de la partie Nord de la ville, qui abrite notamment le port Ouest et l’incontournable écoquartier Bo01. Je me retrouve à nouveau aux abords de la gare centrale de Malmö (Central Station). Je note la présence de nombreux chantiers de construction aux alentours et la présence d’une importante zone industrielle prés de Citadellshamnen. Cette zone de la ville connaît une importante restructuration .Elle allie infrastructures industrielles du XIXème siècle, nouveaux quartiers d’affaire, bâtiments anciens et d’importants projets de construction dont le futur cluster médias.

 

media malmo

       Photos du chantier de construction de futur cluster media.A droite, le bâtiment abritant les bureaux de la chancellerie de l'université de Malmo


J'entreprend tout d'abord de rejoindre, à proximité du Port Ouest, le quartier de Malmö Hogskolan, où se situent les bâtiments de l’université de Malmö. Le quartier est composé d’anciens docks reconvertis en immeubles de bureaux d'apparence certes modernes, mais à l’architecture monotone et austère. La rue qui longe l’université est déserte. Seuls quelques vélos empruntent les pistes cyclables, omniprésentes dans toute la ville. L’université de Malmö est récente. Achevée en 1998 , elle symbolise le renouveau de la ville et sa transition d'un modèle de développement économique basé sur l’industrie lourde vers un modèle reposant sur l’économie de la connaissance. La bibliothèque, bâtiment le plus visible de l'université ,appelé Orkonen, se présente de l’extérieur comme un immense parallélépipède avec de grandes façades de verre en dénivelées. De l’extérieure le bâtiment, de par la simplicité de sa forme et la sobriété de ses couleurs,laisse quelque peu indifférent. Néanmoins de l’intérieur, on est nettement plus sensible au design et à l’aménagement des espaces. Au centre de l’édifice, s’élève une grande et extravagante sculpture en forme de totem. Au niveau des étages se trouve une bibliothèque moderne parfaitement équipée. La forme rectangulaire du bâtiment et les grandes façades vitrées offrent de l'intérieur une vue panoramique remarquable sur la ville.

 

uiversité malmoSculpture en forme de totem située dans le hall de l'université de Malmö

 

En quittant l’université je me dirige vers les nouveaux quartiers résidentiels qui ont remplacé les anciens emplacements du ports. Je parcours la rue de Kronjkajen du quartier des docks, située le long du quai Est de la presqu’île de Vastra Hammen. On trouve un quartier à l’architecture homogène qui semble déconnecté du reste de la ville, alliant principalement de l’habitat résidentiel et quelques immeubles de bureaux de construction récente. Les immeubles de logement, de taille moyenne possèdent généralement une hauteur de cinq étages et paraissent flambant neufs. Ils sont pour la plupart exposés face à la mer qui se trouve à proximité.

   Après avoir quitter ce quartier, je m'engage dans le grand boulevard Stora Varvgsatan qui longe le sud de la presqu’île. J'observe tout autour la présence de larges terrains vacants, en friche. D’un côté on trouve des espaces qui semblent en projet, occupés temporairement par de larges zones de stationnement ; De l’autre des bâtiments de type industriels, des anciennes fonderies et ateliers d’usinage en fin de vie. Je dépasse l’imposant bâtiment aux façades de verres teintées d'un bleu marine, abritant le siège social de Kockums AB2, principal chantier naval militaire et plus important employeur de la ville.La société , après avoir connu une série de crises fut rachetée à la fin des années 1990 par la société allemande HDW.Le bâtiment apparaît comme la marque d'une époque prospère révolue , lorsque les chantiers navals de Malmö connaissaient l'une des plus fortes croissance au monde.La crise industrielle que traverse la ville au début des années 1990 ,le déclin de l’industrie textile, des chantiers navals suédois mais également de l'industrie automobile symbolisée par la fermeture de l'usine Saab, ont eu un impact considérable sur le paysage urbain,dont la recomposition est aujourd’hui visible.

 

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Bâtiment abritant les bureaux de la société de chantiers navals, Kockums AB2 

 

En parcourant Stora Varvgsatan, je prend conscience de la dynamique de transformation et de restructuration qui caractérise l’ensemble de la zone mais également de son potentiel de développement. Un vaste projet urbain appelé Masthusen est en cours aux abords de l’immense centre commercial Maxi, du centre de congrès Malmömossan et de la grande avenue Ostra Varvgsatan. L'opération, couvrant une surface de 160 000 m2, a déjà reçu la certification environnementale BREEAM (équivalent anglais du HQE). Elle sera réalisée par l’un des plus importants opérateurs immobiliers de Suède, Diligentia en partenariat avec la municipalité de Malmö. Le projet, dont l’achèvement est programmé pour 2025 prévoit la construction de nombreux logements, d'offices de bureaux, de services et d'espaces de loisirs. L'opération de renouvellement urbain devrait contribuer à densifier, dynamiser davantage la zone et à y attirer des habitants et de nouvelles activités.Au loin, toujours visible, la tour Turning torso, nouvel icône urbain dont s'est dotée la ville en 2005, apparaît comme un véritable phare au beau milieu d'un morceau de ville en pleine mutation.

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Image de la zone de chantier actuel de Masthusen (en haut) et image virtuelle de la future grande opération Masthusen (en bas, voir Lien pour le projet Masthusen : link)

 

La tour Turning Torso, un élément clef du marketing urbain de Malmö

  En remontant vers le Nord de la presqu'île, en direction de la mer, on tombe sur la surprenante Turning Torso, conçue par l’architecte "star" Santiago Calatrava et officiellement inaugurée le 27 Août 2005. La forme élancée et torsadée de la tour, dont la hauteur atteint 190 m, suscite l’admiration. Elle démontre une créativité et une véritable audace architecturales. Elle incarne la dynamique amorcée dans l’ensemble de la zone visant à revitaliser les larges friches héritées de la crise industrielle des quinze dernières années. Elle témoigne également d’une volonté des autorités locales d’inscrire Malmö dans la modernité et de lui réinventer une identité visuelle. Celle-ci était autrefois marquée par Kockumskranen « la grue de Kockum », énorme pont roulant de l’ancien chantier naval, qui a aujourd’hui été démontée et vendue en Corée du Sud. La tour est également exemplaire sur le plan environnemental et énergétique puisque le bâtiment ne consomme que des énergies renouvelables. La Turning Torso, élue vainqueur du prix MIPIM pour le meilleurs bâtiment résidentiel en 2005, constitue ainsi un élément clef de la politique de marketing urbain de Malmö. Elle permet ainsi de structurer l’univers de référence des habitants et constitue un vecteur puissant et efficace d'identification à l'international pour la ville.

 

 

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     La Tour Turning Torso, inaugurée en 2005 et conçu par l'architecte Santiago Calatrava. Elle culmine à 190 m, ce qui en fait la deuxième plus haute tour d'habitation d'Europe et le plus haut bâtiment de Scandinavie.

 

L’écoquartier de Vastra Hamnen , une vitrine sociale ?

La visite de l’ écoquartier de Vastra Hamnen, B0o1, du nom de l’exposition qui lui est consacrée en 2001, constitue une étape obligatoire de ce voyage d’étude à Malmö. Il représente pour moi une véritable découverte d’une autre manière de construire et concevoir la ville. Après avoir dépassé la Turning Torso, qui marque l’entrée symbolique de cette zone, je m’oriente vers l’écoquartier situé à l'extrémité de la péninsule. Je note au passage le caractère particulièrement excentré de sa localisation, par rapport au reste de la ville . Je tombe tout d’abord, avec surprise, sur un éco-bâtiment abritant un centre de chirurgie esthétique. Puis en poursuivant mon chemin je note la présence de voitures de luxes stationnant aux abords de l'écoquartier, dont certaines d'entre elles sont même garées en travers de ruelles. L’écoquartier, dans l’ensemble, me laisse un sentiment mitigé. Certains éléments sont sans aucun doute appréciables tandis que d’autres laissent clairement à désirer.

 

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Photos de l'écoquartier BoO1. Celui-ci compte 1908 habitants et s'étend sur une surface de 22ha

 

L'écoquartier, un avant-gout de la ville de demain ?

La recherche de qualité architecturale, la créativité, l’originalité du design, la diversité des formes et des couleurs sont nettement visibles. L’écoquartier est idéalement situé en bord de mer. Les quais entièrement conçus en bois, sont aménagés en promenades et laissent la possibilité aux habitants d'y déambuler et de se baigner, lorsque les températures le permettent. L’expérience visuelle générée par la juxtaposition d’immeubles de faible hauteur à l’architecture futuriste, au côté des quais et de la mer, est remarquable. Une harmonie de formes et de couleurs se dégage de l’ensemble, enjolivée par les rayons de soleil qui se reflètent somptueusement sur les murs blancs et les façades vitrées des bâtiments. Devant un tel panorama, on ne peut s’empêcher de méditer sur les notions de « ville durable » et de « ville de demain ». Car, il semble bien que ce quartier à l’architecture et à l’urbanisme avant-gardistes offre un certain aperçu de ce à quoi pourrait ressembler la ville des trente prochaines années.

 

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C’est la proposition d’un nouveau modèle urbain qui est ici en jeu, dans lequel les techniques déployées au service de la performance environnementale et énergétique jouent un rôle prépondérant. L’organisation des circulations et des espaces publics est pensée méticuleusement avec le soucis permanent ne pas impacter négativement l’environnement. La physionomie de l’écoquartier est pensée sur le mode du village traditionnel avec ses ruelles sinueuses, ses immeubles bas, à deux ou trois étages. Les petits cours d'eau s’écoulant entre les habitations apportent une sensation de tranquillité et d’apaisement. L’architecture de l'ensemble paraît homogène bien qu'en réalité l’habitat soit caractérisé par une architecture particulièrement variée, présentant un certain charme et indiquant une véritable recherche d’esthétisme. Le bois est un des matériaux que l’on retrouve très souvent. Les grandes façades vitrées qui laissent entrevoir l’intérieur des appartements accentue l’impression d’ouverture vers l’extérieure et de proximité. On a le sentiment de se trouver dans une petite communauté villageoise autonome avec ses habitants, son mode de vie, ses habitudes et son propre mode de fonctionnement.

(Voir le site de Western Harbour link)

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Néanmoins, au delà de ces qualités architecturales, esthétiques, techniques et environnementales, certaines questions affleurent. Tout d’abord, l’écoquartier est au cœur d’un processus de transformation d'une zone anciennement polluée, contaminée autrefois occupée par des installations industrielles. Il participe également d'une dynamique marketing initiée par la municipalité en vue de booster la visibilité de la transformation de son ancienne zone portuaire. L'opération pilote est ainsi devenue une véritable attraction touristique suite à l’exposition européenne B0o1 sur la ville de demain qui avait pour ambition de créer grandeur nature une vitrine "éco-technologique" de l’aménagement durable. Les logements ,au départ intégrées à l’exposition ont été par la suite habités, au point qu’aujourd’hui ces logements sont très convoités et coûtent excessivement chers. 

 

 

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Un sentiment inconfortable émerge également lors de la visite de ce quartier, devenu davantage une vitrine, qu’un véritable lieu de vie. On peine à percevoir la vitalité du lieu. Les quelques commerces et restaurants présents n’apparaissent pas suffisants pour recréer l’atmosphère chaleureuse et convivial qu'on attendrait d’un quartier branché et animé. Il est aisé de constater l’isolement, le confinement de l’écoquartier par rapport au reste de la ville. L’opération, qui se voulait être le laboratoire d’un nouveau modèle urbain, donne davantage à voire une enclave habitée majoritairement par une frange relativement aisée de la population. Un peu plus loin, on trouve le block Flagghusen, l’extension de Bo01, qui se veut encore davantage exemplaire en matière de durabilité et de technicité . Il présente une plus grande mixité ,avec 70% de logement en locatif. Néanmoins, ce quartier semble moins réussi d’un point de vue architecturale et esthétique que la première opération. Enfin, on tombe à nouveau sur un grand chantier, il s’agit de la dernière phase d’extension, Flingharen, encore une nouvelle tentative de réalisation d’un quartier durable ?

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