Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Disparités socio-spatiales et contrastes urbanistiques à Bilbao

24 Avril 2011, 17:52pm

Publié par citybrainproject.over-blog.com

A l’issue de cette deuxième journée à Bilbao, on commence à prendre ses repères. Les premières perceptions de l’espace et de l’environnement urbain au moment de découvrir une ville apparaissent souvent confuses. Sans carte de la ville, l’absence de points de repère rend difficile l’identification des quartiers et pousse à revenir sur ses pas. La mémoire visuelle est rendue plus difficile, la ville ne laisse qu’un souvenir vague.

Exploration de la partie Sud-Ouest

J'effectue l’exploration de la partie Sud-Ouest de Bilbao à pied, en longeant l’autoroute A8 entre les districts de Bazurtu-Zorrotza et Rekalde.  Le parcours donne à voir de nombreuses opérations de restructuration de voiries accompagnées de nuissances visuelles et sonores. Les panneaux de Bilbao Ria 2000, principal protagoniste de la grande rénovation urbaine de Bilbao, sont plantés un peu partout sur le territoire, signe que cette société d’aménagement parapublique poursuit ses opérations dans certaines zones de la ville. Le long de la grande rue Doctor Diaz Emparanza qui jouxte l’autoroute, au sein d'une zone excentrée, le tissu urbain est composé d'entrepôts industriels et d'ensembles compacts d'immeubles résidentiels aux façades dégradées. On note néanmoins la présence d'espaces publics de qualité, avec souvent, plantés aux abords des parcs, des panneaux d'affichage indiquant l’implication financière de l’Etat dans leur réalisation, signe que la participation de l’Etat à la régénération urbaine de Bilbao a été et continue d’être forte.

Vue depuis les collines du district Bazurtu-Zorrotza au Sud-Ouest.

Vue depuis les collines du district Bazurtu-Zorrotza au Sud-Ouest.

Vue depuis sur les collines du district Rekalde au Sud-Ouest.

Vue depuis sur les collines du district Rekalde au Sud-Ouest.

Observation de contrastes spécifiques 

Après avoir parcouru le Sud-Ouest puis remonté vers le centre, plusieurs observations peuvent être faites. Bilbao apparaît comme une ville de contraste sur de nombreux points :  

Sur le plan architectural et urbanistique, que ce soit avec un équipement structurant comme le Guggenheim qui crée une forte rupture ou de manière globale sur l’ensemble de la ville, on constate un manque considérable de continuité architecturale et une urbanisation quelque peu anarchique. Certains quartiers du centre ville comme Casco Viejo (le vieux Bilbao) présentent une architecture homogène caractéristique de leur époque respective : style médiévale, baroque ou néoclassique qui témoignent du passé glorieux de la ville. Mais l’absence de continuité traduit une insuffisante prise en compte des enjeux urbanistiques et paysagers au cours des différentes phases de développement de la ville. L’héritage industriel a laissé son emprunte sur le paysage urbain, à l’image des nombreux édifices à briques rouges qui composent une physionomie caractéristique des villes industrielles.

Le contraste transparaît également dans le niveau variable de réhabilitation des quartiers, caractéristique de l’existence de disparités socio-spatiales. Pour une ville de taille moyenne comme Bilbao, les contrastes sont accentués par la proximité des quartiers les uns aux autres. Le quartier de San Francisco, le plus stigmatisé par les habitants de Bilbao, apparaît comme une enclave urbaine cumulant difficultés sociales et problèmes d'intégration. La rue San Francisco abrite quelques bars dédiés à la prostitution où de nombreuses prostituées souvent originaires des Antilles y proposent leurs services. L’habitat est vétuste et l'atmosphère quelque peu « glauque ». Néanmoins le quartier garde un certain charme grâce à l’ancienneté de son habitat, et ne semble pas présenter, en journée, de véritables problèmes d’insécurité. Quoi qu'il en soit, San Francisco ne couvre qu’une zone restreinte de la ville, ancré dans un tissu urbain qui subit de nombreuses mutations et réhabilitations.

Faire l'expérience de la disparité socio-spatiale

Il est frappant de constater, lorsque l’on franchit la passerelle et que l’on rejoint les quais de la Ria (le fleuve), le changement dans l’état de préservation et d’entretien du bâti. La composition ethnique de la population évolue également passant des minorités africaines à une population locale basque. Les contrastes socio-économiques et spatiaux se révèlent plus franchement à mesure que l’on se rapproche du Guggenheim et de l’Arenal, le fameux quai piéton réhabilité qui longe la Ria. Les efforts de transformation et de régénération du tissu urbain le long du fleuve se sont accompagnés de nombreuses mutations dans les nombreux quartiers anciens à proximité. Le cœur de la ville connaît un processus de gentrification qui tend à gagner d’autres espaces. Le quartier de San Francisco apparaît bien comme l'enclave de cette grande zone en pleine mutation urbaine.

La présence de disparités entre quartiers, perceptible à l'échelle de la ville, semble résulter de l'orientation  municipale d’accorder davantage de moyens à la valorisation de certains quartiers. Le secteur d’Abando où se trouve le Musée Guggenheim, apparaît comme l’opération vitrine, inscrite dans une volonté affichée d’élever le statut de Bilbao. La qualité urbaine de cette zone laisse transparaître la volonté des autorités locales de faire émerger un véritable quartier d’affaire caractéristique des villes européennes dynamiques, doté de nombreux espaces publics offrant les conditions d'un bon cadre de vie. Les disparités socio-sociales n’apparaissent pourtant pas comme un enjeu prioritaire à Bilbao, ville où le niveau de vie et le Pib par habitant sont parmi les plus élevés du pays, et où le taux de chômage reste nettement inférieur à la moyenne nationale.

 Aux abords du fleuve, sur les quais pétons réhabilités dans la zone d'Abandoibara.

Aux abords du fleuve, sur les quais pétons réhabilités dans la zone d'Abandoibara.

Les acteurs économiques visibles

De manière générale, le paysage urbain de Bilbao est marqué par la présence visible de certaines grandes entreprises et banques dont l’origine est locale, bien que jouissant d’une réputation internationale : Iberdrola, BBVA (Banco Bilbao Viscaya Argentaria) et BBK (Bilboa Bizcaya Kutxa) sont parmi les acteurs économiques les plus influents du territoire. Toutes possèdent leur siège social au cœur de Bilbao avec des implantations disséminées, assez ostensiblement, dans de nombreux quartiers. Les banques BBVA et BBK ont des guichets implantés presque à chaque coin de rue, rappelant le poids considérable de l’activité bancaire et financière dans la ville.

Sur la Gran Via Don Diego, l’avenue principale de Bilbao, on trouve le siège historique de BBVA, abrité par un édifice monumental de style néoclassique, qui contraste avec le siège moderne de BBK qui se trouve dans une grande tour, au style brutaliste, construite dans les années 60. Multinationale spécialisée dans l’énergie éolienne, Iberdrola est également fortement présente à l’image de la tour dont la construction est casi achevée, qui abrite son siège social. Plus haut immeuble de la ville, son architecture a été élaborée par l’architecte argentin de renom César Pelli, également architecte des tours jumelles Petronas de Kuala Lumpur ou de la Tour Cristal à Madrid.

Disparités socio-spatiales et contrastes urbanistiques à Bilbao
La Tour Ibedrola conçue par l'architecte argentin César Pelli.

La Tour Ibedrola conçue par l'architecte argentin César Pelli.

Conclusions du deuxième jour

La Ville de Bilbao s’est lancée dans une course au rayonnement européen. Le succès de l’opération "Guggenheim" a permis d’amorcer cette dynamique et surtout de croire à un renouveau. La capitale économique basque entend être plus qu’un point sur une carte. L’importance de la rupture urbaine opérée par le Musée Guggenheim témoigne de cette volonté affichée de casser une image longtemps dépréciatrice, qui continue néanmoins de perdurer. La ville s’est dotée d’un grand équipement et poursuit la reconquête des terrains libérés par le déplacement des emprises portuaires vers l’estuaire, en adoptant une perspective de durabilité urbaine : dépollution des friches, piétonisation des quais, pistes cyclables, création d'espaces publics. La quête d’un développement urbain plus durable apparaît bien réelle bien qu’elle se soit concentrée sur des périmètres « vitrines » bien localisés, en particulier le long du fleuve.

Sur l’ensemble de la ville, la dynamique de développement urbain consiste principalement en un renouvellement de l’espace urbain dégradé où autrefois occupé. Elle ne vise pas l'étalement notamment en raison de la situation géographique, les collines entourant la ville, limitant le foncier disponible et contraignant la ville à se densifier. Cette compacité est nettement perceptible à la vue des hautes tours d’immeubles de logement qui marquent fortement le paysage.

Ligne de tram, dans le quartier d'Abando, symbole de l'effort de requalification urbaine menée le long de la Ria.

Ligne de tram, dans le quartier d'Abando, symbole de l'effort de requalification urbaine menée le long de la Ria.

Commenter cet article