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Rencontre avec deux bilbainos

27 Avril 2011, 17:09pm

Publié par citybrandproject.over-blog.com

Contraste esthétique saisissant

Arrivant du district de Bazurtu-Zorrotza, et marchant en direction du fleuve, aux abords du quartier de l’hôpital Basurtu et du stade San Mames, on découvre une immense zone en chantier, il s’agit à nouveau d’une importante opération urbaine (voir billet précédent) réalisée par la société de droit privé Bilbao Ria 2000. On y prévoit la construction d'un futur grand stade de football et d’une voie de raccordement rejoignant la fameuse autoroute A8.

Un peu plus loin on tombe sur un contraste esthétique saisissant, le monstrueux stade San Mames côtoyant la magnifique Casa Misericordia, confirmant à nouveau le constat d'un manque significatif d’harmonie et d’homogénéité architecturales dans l'environnement urbain (voir billet précédent). Le stade, qui abrite le club de football mythique de l’Athletic Bilbao et que l'on surnomme la « catédral del futbol », ressemble davantage de l'extérieur, à un immense hangar désaffecté. La structure présente des façades vieillissantes, avec une architecture brutaliste manifestant un manque criant d’esthétisme. L'équipement fait rejaillir le passé, encore récent, d'une ville dont on disait d'elle qu'elle était laide et peu attrayante. Pourtant, ce stade fait la fierté des habitants, réputé pour son ambiance unique et la ferveur de ses supporters. Quant à l'élégant édifice de la Casa de Misericordia, vielle hôpital situé juste en face, il passe presque inaperçu, malgré son architecture néoclassique et ses jardins botaniques.

La façade austère du stade San Mamès.

La façade austère du stade San Mamès.

Marchant en direction du district Deusto situé sur l’autre rive, on remonte Sabino Arana, avenue élégante longée par la ligne A du tramway, jusqu’à la place Jesusen Bihotza. C’est de cette place, abritant un mémorial, que part l'avenue Abandoibarra, traversant le long du fleuve, le quartier emblématique et touristique de la régénération urbaine, Abando.

Rencontre du troisième type avec deux bilbainos

Me trouvant dans la zone d'Abando, je pénètre dans le superbe parc Casilde Iturrizar, récemment restauré,  où je fais la connaissance de Daniel un vielle homme et son fils Gonzalo, deux bilbainos confortablement installés sur l’un des bancs du parc, méditant. Arborant tout deux une grande barbe, ils font penser de prime abord aux membres d'une secte religieuse. Mais rapidement, en engageant la discussion, on comprend qu’ils cultivent simplement un style local basque, qu’ils me disent parfaitement assumer. Au cours de cet échange informel riche et animé, nous abordons un grand nombre de sujets. Je note l’admiration qu’ils éprouvent pour la France, son histoire à travers le souvenir du Général de Gaulle, son économie à travers l’industrie automobile, et pour Paris, son romantisme. Je suis également surpris de l’éloge qu’ils font de Nicolas Sarkozy, "le Président le plus charismatique de toute l’UE" s'enthousiasment-ils.

Nous abordons le sujet la régénération urbaine de Bilbao. Ils m’expliquent comment Bilbao s’est transformée ces vingt dernières années en insistant sur l’ampleur du phénomène. Ils me racontent que de nombreux espaces publics comme le parc dans lequel nous nous trouvons ont été réalisés récemment : « il n’y avait quasiment pas d’espaces publics avant, tout a été réaménagé » me disent-ils. Daniel me désigne du doigt le quartier d’Abando pour signifier l’étendu du changement. Daniel sait de quoi il parle, vivant depuis toujours à Bilbao, il a connu la "bonne vielle" époque, celle des usines, des aciéries, des chantiers navals dans lesquels il a était lui-même ouvrier, « on est passé d’une économie industrielle à une économie de service » me dit-il. Daniel s’enthousiaste du nouveau virage pris par la ville ces dernières années mais ne cache pas son inquiétude face à l’explosion de l’activité touristique : « Bilbao ne doit pas être qu'une ville de tourisme ».

« Bilbao ne doit pas être qu'une ville de tourisme ». Daniel.

On perçoit dans ses propos une légère lueur de nostalgie lorsqu’il évoque l’époque dorée de l’industrie minière et métallurgique, lorsque certaines usines employaient jusqu’à 15 000 ouvriers. « Tout a changé, le port n’est plus aussi important qu’autrefois et l’activité industrielle a complètement décliné (…) à Bilbao avant, il n’y avait pas de touristes, il n’y avait que des usines, on venait uniquement ici pour travailler » me confie-t-il en soupirant. Daniel reconnait que des éléments positifs ont été réalisés comme l’épuration de la Ria (fleuve Nervión), autrefois contaminée par les déchets rejetés par l’activité industrielle, ou la piétonisation des quais du fleuve, autrefois inaccessibles.

« Tout a changé, le port n’est plus aussi important qu’autrefois et l’activité industrielle a complètement décliné (…) à Bilbao avant, il n’y avait pas de touristes, il n’y avait que des usines, on venait uniquement ici pour travailler ». Daniel.

Enfin, à ma surprise, le discours de Daniel et Gonzalo sur la régénération urbaine laisse entendre que ceux sont moins les implications de la municipalité, du gouvernement basque ou de l'Etat espagnol qui sont à mettre au crédit de cette spectaculaire mutation urbaine, sinon celle de l’Union Européenne ; « Derrière cette transformation il y a la volonté du gouvernement espagnol de se conformer aux directives de développement de l’union européenne. Bilbao a énormément bénéficié des fonds du FEDER» me disent-ils avant que nous achevions chaleureusement notre rencontre, et que je reprenne mon chemin vers l'Est, de l'autre côté du fleuve. On commence à saisir, à travers ce témoignage, la réalité vécue d'un phénomène qui a bouleversé tout une ville et ses habitants lors de la dernière décennie.

Photo ancienne d'une usine à Bilbao.

Photo ancienne d'une usine à Bilbao.

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