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Cap vers Deusto et San Ignacio à l'Est de Bilbao

29 Avril 2011, 17:36pm

Publié par citybrandproject.over-blog.com

Suite à notre rencontre avec deux bilbainos (voir billet précédent), on se rend de l'autre côté du fleuve Nervión, à Deusto, district paisible de l'Est de Bilbao, abritant des ensembles d'immeubles bien entretenus et une voirie laissant place, à certains endroits, à des pistes cyclables. C’est un quartier résidentiel qui paraît en grande partie habité par une classe moyenne relativement aisée. La population paraît mixte sur le plan générationnel, et l'habitat y est dense. Vers San Ignacio, se trouve une grande cité dortoir conçue durant l’ère franquiste, respectant l’urbanisme fonctionnaliste en vigueur à l’époque. Il n'est pas question ici de blocs résidentiels isolés sinon d'ilots intégrés au reste du tissu urbain. Les immeubles sont de taille moyenne et arborent des façades très colorées. Agencés horizontalement, ils présentent une architecture caractéristique du logement social collectif des années 1930 (type Habitat Bon Marché).

Arrivé à l'extrémité de San Ignacio, depuis les berges de la ria, on peut contempler sur la rive d'en face, les "fantômes" des anciens chantiers navals, vestiges industriels ravivant le souvenir d'une prospérité passée. Pour comprendre l’ampleur de la transformation qui s’est opérée ici, il est important de s’imaginer ce à quoi devaient ressembler les quais du fleuve il y a une vingtaine d'années : des espaces dénués de vitalité, sans véritable affectation si ce n'est pour l'activité industrielle et logistique. Le fleuve, affecté par une forte pollution marine, était devenu hostile à toute forme de vie organique. Bilbao a entrepris de renouer avec son écosystème naturel en restaurant les conditions d'un retour de la biodiversité. Parvenant à distinguer à travers l'eau du fleuve, des algues synonymes du retour à une vie marine, et regardant les oiseaux se poser au bord de l'eau, on se dit que beaucoup de choses ont changé.

Les abords du fleuve Nervión occupé par l'industrie, Bilbao dans les années 1970 - 1980

Les abords du fleuve Nervión occupé par l'industrie, Bilbao dans les années 1970 - 1980

Prise de recul

La transformation de Bilbao est aussi celle d’une ville se cherchant un visage plus humain. A Bilbao, autrefois, aux abords de la Ria, la place de l'homme était au travail dans l’usine ou les hauts-fourneaux. Le degré de spécialisation industriel et la monofonctionalité du territoire reflétaient quelque part l'absence de véritables préoccupations pour des problématiques urbaines telles que la qualité du cadre de vie. La ville s'était laissée dicter son développement par des impératifs économiques. Elle s'était modelée de manière incessante sous la pression de ses fonctions portuaires, industrielles et commerciales au détriment d’autres activités. La ville avait été comme plongée dans un aveuglement collectif.

En regardant de l'autre côté de la rive, en face, du côté de l'île de Zorrotzaurre, on constate avec effroi l’étendue de la zone occupée par d'innombrables friches industrielles, témoignage d’une intense activité industrielle passée. Le long de la Ria, on voit se succéder, de manière presque ininterrompue, non sans une certaine esthétique, des espaces délabrés, dégradés, à l’abandon. Ces espaces vacants, constitutifs d'un héritage en devenir, possèdent indéniablement les potentialités exceptionnelles pour le développement future du territoire. Potentialités sans doute d'ordre socio-économiques, mais également esthétiques et d’usage, en faveur du bien-être des habitants. On perçoit combien certaines friches gagneraient à être patrimonialisées ou reconverties, réhabilitées pour d’autres usages, par exemple, touristiques, ludiques, culturels ou artistiques.

Les berges du fleuve côté San Ignacio. En face, les usines désaffectées de l'île Zorrotzaurre.

Les berges du fleuve côté San Ignacio. En face, les usines désaffectées de l'île Zorrotzaurre.

Bilbao porte aujourd’hui une forte ambition de développement et de renouvellement urbain, ce qui soulève plusieurs questions :

- La dynamique de reconquête des berges du fleuve Nervión, sur un mode semblable aux opérations antérieures, a-t-elle vocation à se poursuivre jusqu’à San Ignacio et au-delà ?

- Comment les acteurs publics locaux envisagent de traiter les immenses zones de friche industrielles, en particulier l'île Zorrotzaurre, qui représentent de véritables espaces d’opportunité et de renouvellement pour la ville ? Quels sont les principaux obstacles susceptibles de se présenter à l'effort de reconquête de l'île ?

- Existe-t-il une dynamique de projet à l’échelle de l’agglomération, un plan ou une stratégie de reconquête et de reconversion de ces larges espaces vacants et anciennement industrialisés. Dans quelle échelle de temps ces politiques de reconversion s’inscrivent-elles, court, moyen, long terme ?

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